De la sauvegarde des valeurs positives d’une tradition

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« …l’initiation comme la pensée de Dewey, est un sysème éducatif intégral et unifiant. Car l’initiation vise l’intégration progressive de chaque individu dans son être, dans son histoire, dans sa culture et dans son milieu pour en faire un adulte et un membre de sa communauté » (Un modèle éducatif pour l’Afrique aujourd’hui. La Philosophie de l’éducation selon John Dewey, P. 26),

Sur tes traces nous marcherons cher ATT

Amadou Toumani Toure

L’ex-chef de l’Etat, qui a dirigé le pays de 2002 à 2012 est mort en Turquie, à l’âge de 72 ans.

Une Etoile a brillé,

Par toi, avec toi nous avons vécu l’espoir, vécu dans l’Esperance,

Nous avons vu naitre des possibilités, des opportunités,

Nous avons vu du progrès

Car ton autre nom est bâtisseur, amour de la Patrie

Le chemin de la liberté, la voix du droit

Merci pour ce que tu as été

Merci pour ce que tu as fait

Merci d’être passe par ici,

Sur tes traces nous marcherons cher ATT

Joseph

Notre marche pour la vraie liberté

Nuits courtes

Rêves troublés

Pensées vagues  

Bow, Bow, Bow et tombent nos compagnons de marche, tant de sang qui coule

Cauchemar quand les noms de ces villes chuintent à nos oreilles :

Aguel’hoc, Ogossagou, Sangha, Dinangourou, Sinda, Bankass, Baye, Ouonkoro, Farabougou, Conakry, Dabou, Lagos……

Et s’élève encore cette voix, des cris à Rama, des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure encore et encore ses enfants

Matés, fusillés, abattus ils sont des victimes, des innocents, les martyrs, nos compagnons de marche, notre marche pour la vraie liberté.

Victime de l’indignité de l’autre, victime de l’avidité politique de l’autre,

L’autre qui s’auto-proclame Monarque jamais remplaçable, le président à vie, le promoteur de la démocratie au bout du canon, celui qui dit « C’est moi, ou le chao »

Ceux qui prennent en otage des peuples fatigués d’un jeu électoral qu’ils n’arrivent pas toujours à comprendre, qui fond de la démocratie un jeu de calcul d’éternels présidents.

Face à la léthargie de leur peuple, certains n’hésitent même plus à clamer haut et fort que sans eux, c’est la catastrophe ; qu’ils sont le changement.

Alors à la place des voix électorales, s’élèvent les voix des plus forts,

Des dictateurs avec les mêmes discours calculateurs. Prétendant faire mieux que leurs victimes ou promettant de faire mieux que la dernière fois, ils finissent par commettre les mêmes bêtises.

Pareil à des tares sur l’aire de leur nation, ils s’érigent eux-mêmes en gouvernants méprisant leurs sujets, ne se mêlant jamais à eux, hormis pour vider leurs bourses ou pour les exploiter à leur profit selon les termes de Thomas More, ne sachant gouverner qu’en enlevant aux citoyens la subsistance et les commodités de la vie.

Et à l’autre de me répondre, : « Mais vous êtes habitué, c’est normal non ! »

Non, non, cela n’est pas normal ! Nous y habituer, s’accommoder, et s’accommoder, c’est vivre resigné, et voir la mort de nos compagnons de marche devenir banale, ordinaire…

Cher Fils,

Comment ne pas affronter cette terrible et longue marche qui s’offre comme l’unique alternative ? Alors, Fils, si dans cette marche je reste, si dans cette marche l’obscurité l’emporte sur ma pensée, si l’absurde nous engloutit, alors je souhaite que cette marche battît la véritable liberté pour toi et tes compagnons de marche…

                                                                                                      Joseph

Une aventure à oser, Un projet éducatif à tenter…

« Si un Etat africain désire aujourd’hui faire sortir ses citoyens de la misère généralisée, il doit de prime à bord compter sur le peuple, sa créativité, son ingéniosité et sa compétence. Mais il ne peut espérer cela que s’il fait de l’éducation de ce dernier une priorité, que s’il offre à ses citoyens une éducation capable d’éclore ou capable de faire exploser en eux, leur savoir, leur savoir-faire, et leur sens d’adaptabilité, une éducation capable de les rendre libre et responsables. Cela me semble un chemin aujourd’hui indispensable au développement intégral de l’africain et du continent africain. Sinon, nos projets de société attendront encore et encore ».

(Un modèle éducatif pour l’Afrique aujourd’hui. La Philosophie de l’éducation selon John Dewey, P. 40, Joseph THERA)

Un style éducatif à inventer :

« Les jeunes portent en eux des projets, des dynamismes et des aspirations qui les poussent à grandir, à croire et espérer. Il leur faut juste une éducation capable de faire éclore ces potentialités, capables de leur donner les moyens de la transformer en capacité créatrices. Ils aspirent à la paix et la liberté. Ils désirent prendre en responsables l’avenir du continent. Ils veulent fonder leur histoire et changer le cours de l’histoire. Cependant ils attendent aussi et surtout de l’éducation les moyens et les possibilités pour réaliser leur désir ». (Un modèle éducatif pour l’Afrique aujourd’hui, P. 33)

Joseph

Notre marche avec elle, a l’autre bout…

A l’autre bout du Mali,

Nous marchons avec elle,

Elle, privée de tout :

De l’école

De la liberté de ou de ne pas choisir

Des opportunités

Fils, c’est d’elle que j’avais promis de te parler, triste histoire, cette histoire sera celle dont nous parlerons durant notre marche cette fin de semaine,

L’histoire de cet après-midi ne sera pas un Conte,

Non, elle ne sera pas celle de l’hyène et du Lièvre, elle ne sera extraite d’aucune mythologie. Mais de sa vie, de son histoire.

Je te parlerai d’elle, ma grande sœur, de l’autre sœur aussi, de ma cousine et de l’autre cousine aussi,

D’elles, toutes privées de tout à cette époque-là, aujourd’hui, et peut-être demain encore…

Fils pouvons-entendre leur voix, oser regarder leur larme qui sans cesse coulent, elles que nul ne peut consoler…

Parce que Privée de l’essentielle, de la vie

Parce qu’elle était une fille, elle a été privée de tout :

De l’école,

De liberté

De privilèges et d’opportunités

D’Egalite et de justice

De la vie

Privée d’études, privée d’une carrière, du travail

Tristesse

Tristesse

Tristesse

Triste notre marche, dure et longue cette marche, sa marche sera aussi notre marche.

Fils, si je marche aujourd’hui, c’est pourque nous entendions sa voix, sentions sa peine, que brille l’Etoile de sa liberté.

Aussi dure que soit notre marche, aussi longue soit-elle, je sais qu’elle ne suffira pas pour consoler ma grande sœur morte affligée, je sais qu’elle n’apaisera pas le cœur de l’autre cousine meurtrie de tristesse.

Mais fils, je veux que de cette longue marche meurt le privilège d’être garçon, et que naissent la liberté pour tout le monde, l’Egalité des Chances et des Opportunités, l’Egalite des responsabilités, le droit à la liberté…

…et que demain, ma nièce, la fille de l’autre sœur et de l’autre cousine aussi aillent à l’école et jamais privées de rien…

Vivent libre,

Choisissent leur vie,

Leur chemin…

Joseph

Et Lui, et notre histoire

Il est présent, depuis plusieurs années (l’autre dirait depuis les temps immémoriaux) Et il n’aurait pas tort. Avant même d’aller à l’école, maman, me parlait assez régulièrement de lui.

Maman me disait, qu’il est arrivé par la mer, comme explorateur. Semble-t-il, même si mon pays, lui est enclavé. Sans aucune ouverture directe sur un océan. Expliquent-ils.

Explorateurs ? Il s’est très vite s’investit en Maitre. Ainsi s’ouvrait pour mes ancêtres une vie nouvelle. Une histoire triste. Puisque de leur vie, de leur vigueur, de leur sang, l’Explorateur allait désormais construire son « Pays », son pays qui se trouve à l’autre bout, de l’autre côté des océans.

Alors comme Maitre, l’explorateur a reparti les tâches. Lui était le « Maitre », le « Civilisateur », « l’Evangélisateur » et Mon peuple était l’esclave, juste l’esclave. L’esclave qui a construit les ponts. Pour le passage du maitre, et pour le passage du « bien » pris à l’esclave. L’esclave qui de son sang a construit le chemin de fer qui arrive à la mer. Le chemin de fer, qui transportera le maitre, le chemin de fer qui prendra à l’esclave tout ce qu’il a : son blé, son mil, son maïs, son bétail pour nourrir le Maitre et les siens. Le chemin de fer qui a enlevé à Maman, son mari, son époux, ses vigoureux fils pour aller à la guerre, pour aller protéger le territoire du maitre, pour aller protéger le maitre et les siens de la barbarie de l’autre Maitre qui était alors devenu « Maitre des Maitres »

Il était déjà là, et toujours présent. Il a juste souvent tenté de changer de nom, mais c’est toujours lui. Il a même souvent eu l’appellation « C-o-l-o-n-i-s-a-t-e-u-r », disent-ils- passé d’explorateur a colonisateur, il devenait « Propriétaire absolu » de moi et de mon peuple. Seul lui décidait. Lui avait droit de mort et de vie sur chacun de mes frères, sur chacune de mes sœurs. Lui était possesseur de moi et de mon peuple.

Et un jour, a l’aube…certains de mes frères, dans cette longue et dure marche, demanda la liberté, « Notre vivre-libre ».

Ce jour-là, mes frères demandait la liberté, ils voulaient que leur chemin se sépare de celui du Maitre. Ils voulaient faire le chemin seuls. Alors ils souhaitaient que le Maitre reprenne le chemin de fer seul, qu’il retrouve la mer seul, qu’il rejoigne les siens.

Sans ressentiment, sans amertumes, mon peuple a senti un nouveau souffle, le souffle de la liberté : Indépendance. Le jour nouveau, le jour où ma mère pense librement retrouver son jardin potager, le jour où papa croyait retrouver son champ, le jour où mon cousin retrouvait son bétail. C’est le jour où mon peuple pensait désormais que le chemin de fer ne porterait plus sa nourriture hors de ses murs. Que son grenier et son bétail serviront désormais à nourrir les siens.  

Fort malheureusement le jour où Il devrait quitter notre terre, je n’avais plus un frère. Mes plusieurs : Mon frère-ainé, fidèle, complice et copie conforme du Maitre, mon frère qui deviendrait le tyran de mon peuple et l’autre frère, celui qui nous disait : Voici venue notre heure, l’heure de la liberté de mon peuple.

Hélas ! Confusion, trahison…

Mon frère, la copie conforme du maitre et le Maitre ont dans la « combine » maté mon peuple, ils ont pris ensemble le plaisir d’affamer mon peuple, de nous maintenir dans la faim. Car, qui est affamé, ne peut penser. Il subit, obéit, exécute, ne choisit pas. Il ne peut se donner le luxe de réclamer, sinon le pain manquant, il meurt abandonné et oublié de tous.

Mon frère, le Tyran, le Dictateur, l’opportuniste, lui a bêtement maté mon peuple, il a pris le champ du paysan et vidé son grenier, il a réquisitionné le bétail du berger pour des somptueuses festivités. Il a affamé mon peuple, il tué mon peuple.

Mon autre frère, qui disait « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. »[i]

Lui, ce frère a été molesté, tué, dans la complicité et pire encore dans l’indifférence. Aujourd’hui encore sevit dans la tourmente, dans la confusion, l’épée de Damoclès plane sur sa tête. Il est tantôt en fuite, tantôt prisonnier, tantôt provisoirement libre, sans droit de parole.

Et lui est là,

Omniprésent,

Il se dissimile,

Prend de multiples noms : L’Expert, le Coopérant, l’Humanitaire et pour couronner le tout : Communauté internationale !

Et pendant ce temps, moi et mon peuple nous souffrons et vacillons, tourmentés : Guerres, massacres, exile, pauvreté, misères, la faim…

Je marcherai, aussi longue et pénible sois la marche, nous marcherons pour nos filles, pour nos fils. Nous marcherons pour que le chemin, le vrai chemin ne se perde jamais, pour que les traces laissées les servent et les éclairent. Nous marcherons, notre non-liberté deviendra liberté, libération pour eux…

Alors, Fils, si dans cette marche je reste, si dans cette marche l’obscurité l’emporte sur ma pensée, si l’absurde nous engloutit, alors je souhaite que cette marche battisse la véritable liberté pour tes compagnons de marche et pour toi…

                                                                                                      Joseph


[i] https://kaizen.sn/blog/thomas-sankara-20-citations-inspirantes

Mali, de la marche, de l’espoir

Mali, de la marche, de l’espoir

Long et ardu le chemin, dure cette marche ! Mais que pourrait donc m’arrêter, que sauraient donc nous en empêcher ? Qui pourra donc me fermer le chemin, nous détourner de cette grande et dure marche. Puisqu’on fond, l’espoir nous meuve

Le vent est, certes fort, la marée est sans doute en colère…

Mais la lampe, la petite lampe ne s’étend point : l’Esperance

N’est-ce pas de la p-o-l-i-t-i-q-u-e ? De politiciens ?

Eux qui savent dire beaucoup de choses sans acception rien…

Qui confabulent beaucoup mais, ni écoutent ni entendent…

Ceux dont le « jeu » tue consciemment l’innocent, celui qui ne demandait qu’à vivre…

Le grenier du pauvre est vidé, le troupeau réquisitionné.

Démagogie, disent oui le matin, non en milieu du jour et finalement rien quand arrive le soir : confusion, trahison, vide…

Le vent est, certes herculéen, la marée est sans doute en brûlure, le soleil raide…mais contre tout et malgré tout, nait l’espoir, l’Esperance

Celui d’un demain, d’un lendemain, mieux d’un aujourd’hui meilleur…

L’espoir que demain, au Mali, disparaitra l’assise des malheureux et frustrés spectateurs, les « sans opportunités »

Que le matin, je ne suis pas rejeté par ce que je Bwa, Peulh ou Dogon, Senoufo…, parce que je suis femme ou homme, parce que je suis ou ne suis pas ceci ou cela.

Plus vigoureux, l’espoir qu’en milieu de journée, il ou elle ne sera froidement assassiné (e) dans son Champ de maïs…

Qu’en fin de journée il ou elle ne sera poursuivi (e) et tué derrière son troupeau…

C’est l’Esperance d’un aujourd’hui différent :

D’une histoire différente pour mon enfant, pour nos enfants, pour le Mali

L’Esperance de la sécurité perdue retrouvée.

L’Esperance du retour, de la co-construction d’un vivre ensemble paisible.

Les ennemis, mêmes invisibles sont sans doute forts, l’hostilité est sans doute menaçante,

Le temps,

La fatigue,

L’âge,

L’attente,

Mais l’espoir nous meut,  

L’Esperance d’un Mali, de notre Mali nouveau, construit par nous,

La marche, dure et longue, se fera ! La marche de l’Esperance

Esperance …

Joseph

Mali, l’autre marche

Mali, l’autre marche,

La longue et dure marche ! C’est notre marche ! Mais qu’il est long ce chemin, qu’elle est ardue cette voie ! La marche de ce matin, est la marche pour libérer le système prisonnier de la corruption. Ce chemin, « O Caminho », cette marche est la nôtre, c’est notre marche, car c’est notre vie, celle de nos enfants, celle de mon fils. Cette longue et pénible marche est la marche de nous, nous les frustrés, les révoltés, les « sans opportunités ». Notre marche pour reprendre ce dont nous prive la corruption. Parce qu’au Mali l’implacable corruption s’est emparée de tous nos droits, il a pris le cœur du système. Parce que son omniprésence est un mur entre nous et notre place, la place qui nous revient de droit.Ma mère le savait déjà quand j’entreprenais ce long et laborieux chemin de l’école en 1990.  Elle le savait, car je l’ai entendu dire à la voisine : « il y apprendra à écrire et à lire son nom. Du travail plus tard ? Dans ce Mali ? C’est sans espoir ! » Car, pour avoir sa place, du travail dans ce pays il faut être la fille ou le fils de tel. Il faut être de la descendance de tel, il faut avoir de l’argent ou le pouvoir pour avoir une place, ou pour être placé. Sinon, tôt ou tard, tu rejoindras la patrie des frustrés, des « sans opportunités ». En passant, je n’oublie pas le petit, très petit nombre des chanceux qui passent de justesse par les mailles du filet. Je les félicite, je félicite leur courage, leur longue et laborieuse marche, leur persévérance.

Oui, ma mère le savait déjà : « Ça suffira s’il sait écrire et lire son nom ». Tu sais Maman, ton petit fils va déjà au Préscolaire. Il vient d’avoir trois ans. Il sait déjà faire tant de choses, manipuler tant d’objets, il sait dire tant de choses ! Et les choses n’ont pas changé.  Mais j’ai commencé une marche, une longue marche. Je vais me battre pour lui. C’est le but de ma marche, de cette longue et dure marche que je fais avec les autres, qui y croient, qui le veulent. Je marcherais pour que son histoire soit différente. Je marcherai pour qu’il soit toujours à place, la place qu’il veut, qu’il choisira, qu’il fasse ce qu’il faire, qu’il choisisse d’être ce qu’il veut être. Quand il grandira, personne ne lui donne ou lui refuse sa place, son droit, parce qu’il est noir ou blanc, parce qu’il est homme ou femme, parce qu’il est ou n’est pas fils de tel. Telle est la fin de cette longue, longue et dure marche vers la liberté, notre liberté, « a nossa liberdade ».

Joseph